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Chrysanthème, colchique, aster : ce que disent les fleurs d’automne

Offrir un pot de chrysanthèmes à une hôtesse en novembre, en France, c’est risquer un silence gêné. À Tokyo, le même geste passerait pour un hommage. La fleur n’a pas changé, c’est le code qui diffère, et le langage des fleurs d’automne en est truffé.

Pourquoi le chrysanthème est-il devenu la fleur des cimetières ?

En France, l’association entre chrysanthème et Toussaint s’est installée après la Première Guerre mondiale, quand il a fallu fleurir en masse les tombes des soldats. La plante avait tout pour s’imposer : elle fleurit naturellement à l’automne, supporte le froid des premières nuits de novembre, tient longtemps en pot et se cultive en grande quantité. Les horticulteurs ont appris à programmer sa floraison pour qu’elle tombe à la fin octobre, ce qui a resserré le lien entre la plante et la date. À la Toussaint, veille du jour des défunts, les allées des cimetières se couvrent depuis lors de boules jaunes, blanches et pourpres.

Cette habitude a figé la signification de la fleur. Le chrysanthème dit le souvenir et le deuil, et c’est à peu près tout ce qu’un Français entend quand on lui en tend un. Dans d’autres pays européens, comme la Belgique ou l’Italie, l’usage funéraire existe aussi. Ailleurs, la lecture est tout autre.

Le malentendu est fréquent chez les personnes venues d’un pays où la fleur n’a pas ce poids. Un collègue arrivé récemment en France peut tout à fait apporter des chrysanthèmes à un dîner en toute bonne foi. Le savoir permet d’accueillir le cadeau avec le sourire plutôt que de s’en offusquer, et, à l’inverse, d’éviter soi-même l’impair quand on est invité à l’étranger.

Ce que la même fleur raconte au Japon

Au Japon, le chrysanthème est l’emblème de la famille impériale, et le trône lui-même est surnommé le « trône du chrysanthème ». On le retrouve sur les passeports japonais. Il évoque la longévité et la noblesse, et des expositions entières lui sont consacrées à l’automne. Dans ce contexte, une composition de chrysanthèmes n’a rien de lugubre.

Cet écart illustre bien une règle que l’on oublie souvent : le langage des fleurs n’est pas universel. Celui que l’on connaît en France vient en grande partie des ouvrages du XIXe siècle, quand la mode des dictionnaires floraux permettait d’envoyer des messages codés par bouquet interposé. Ces codes varient selon les pays, les époques et même les auteurs.

Colchique, aster, cyclamen, des fleurs d’automne à double sens

Le chrysanthème n’est pas la seule fleur de la saison à porter un message ambigu. La colchique, qui pointe ses corolles mauves dans les prés à la fin de l’été, annonce la rentrée et la fin des beaux jours ; la chanson enfantine l’a rendue familière. Elle cache pourtant un poison : toute la plante contient de la colchicine, toxique pour l’homme et pour le bétail. Sa signification traditionnelle tourne d’ailleurs autour des « beaux jours passés ».

L’aster, dont le nom vient du grec pour « étoile », illumine les massifs d’octobre. On lui prête volontiers un sens de patience ou d’élégance, mais les dictionnaires floraux ne s’accordent pas tous. Le cyclamen, que l’on offre beaucoup en pot à cette période, est parfois lu comme un signe de timidité ou de retenue dans les sentiments, selon les sources.

Pour vérifier une signification avant d’offrir, mieux vaut consulter une source qui recense les fleurs une par une et explique d’où vient chaque symbole. On peut s’appuyer sur un index du langage des fleurs, classé de A à Z, qui consacre notamment des pages à l’arum, à la colchique et à l’ipomée.

Comment composer un bouquet d’automne sans faux pas

La couleur pèse au moins autant que l’espèce. Un bouquet très blanc, en novembre, peut rappeler le deuil, alors que les tons rouille, cuivre et bordeaux évoquent l’automne au sens le plus chaleureux. Les dahlias encore en fleur dans les jardins abrités, les branches de fusain aux fruits roses et orange, les feuillages rougis du cornouiller ou de l’amélanchier font des compositions qui n’ont rien de funèbre.

Pour qui aime les associations inattendues, les graminées sèches et les ombelles fanées laissées sur pied apportent du mouvement et une touche presque sauvage. Les capsules de nigelle, les têtes d’hortensias qui ont viré au vert antique, les rameaux de physalis aux lanternes orangées tiennent des semaines dans un vase sans eau.

Si vous tenez malgré tout au chrysanthème, parce qu’il est généreux, bon marché et superbe dans ses variétés à petites fleurs, choisissez une forme et une couleur éloignées de la boule classique des cimetières : les variétés à fleurs simples, type marguerite, ou les tons saumon et cuivrés passent beaucoup mieux, surtout accompagnés d’un mot qui dit ce que vous voulez dire.

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